Révolte populaire à Bobigny : appel à tous les adversaires de l’Etat bourgeois

L’État bourgeois chasse toujours autour de la forêt de Bondy", volume 1 & 2 [1] : appel à tous les adversaires de l’État bourgeois suite au rassemblement pour Théo à Bobigny. Témoignage d’un type qui vit et bosse pas loin d’Aulnay, et qui a des idées révolutionnaires.

Mercredi 8 février 2017

Il y a quelques jours, un jeune d’Aulnay-sous-Bois, pas loin de là où je vis et travaille, a été agressé par des policiers. Dans les jours qui ont suivi, des mouvements de révolte encore embryonnaires ont eu lieu à Aulnay, aux 3000 où travaillent des amis à moi, puis ont commencé à s’étendre aux villes voisines. [...] Aulnay-sous-Bois se trouve à un quart d’heure quand ça roule bien. C’est à la forêt de Bondy que ces lieux doivent leurs noms.

La forêt de Bondy est une vaste zone boisée qui s’étend ici depuis avant le Moyen-Âge. Elle a été en large partie rasée au XIXe au moment où l’urbanisation moderne est apparue et qu’on a du construire des logements pour la classe ouvrière parisienne. Cette forêt a toujours eu la réputation d’être un coupe-gorge et un lieu dangereux. [...] Durant l’Ancien Régime, par ailleurs, ce bois était un terrain de chasse des aristocrates locaux. Deux pavillons de chasse y ont été construits, qui se dressent toujours le long de la Nationale 3, et c’est à eux que Pavillons-sous-Bois doit son nom. D’ailleurs, divers quartiers, villes et rues doivent leur nom à cet endroit a priori lugubre : toutes les villes dont le nom se finit par "-sous-Bois", et diverses rues et quartiers : à Clichy-sous-Bois, le Chêne Pointu et la Forestière, à Montfermeil, les Bosquets, etc. [...]

Le bois autour duquel s’étendent ces fantômes de banlieues ouvrières étaient donc des terrains de chasse pour les bourgeois. Mais en fait, l’Etat bourgeois chasse toujours autour de la forêt de Bondy. L’Etat est bourgeois : il obéit principalement (mais pas seulement) aux préceptes de l’utopie économique néolibérale, qui fait passer le salut de la société par la performance des entreprises et la concurrence entre individus, en vue d’un enrichissement de tous et d’une croissance aveugle. [...]

Que dire alors quand l’Etat bourgeois se sert de son bras armé pour humilier et briser un jeune banlieusard, comme on l’a vu à Aulnay ? C’est-à-dire : que dire quand l’Etat bourgeois crée les conditions de ce genre de situation ? Il les crée à travers les projets sociétaux promus par les politiques publiques, par les ordres transmis dans l’"armée mexicaine" de l’administration française jusqu’aux flicaillons de banlieue. Il les crée par les stéréotypes et pensées formatées qui sont véhiculées par les médias de masse et un système scolaire que l’austérité libérale a saigné. L’Etat bourgeois chasse toujours autour de la forêt de Bondy. Il chasse pour maintenir l’ordre, il frappe, il encule, il insulte, il incarcère, tout ce qui pourrait, par en bas, faire bouger cet ordre établi, cet ordre bourgeois. L’Etat bourgeois tire, l’Etat bourgeois gaze, et ce, qu’il s’agisse d’un prolétaire Noir en survêtement blanc, ou d’un prolétaire blanc en k-way noir. Fin 2015 à Drancy, toujours dans le 93, il s’était passé la même chose : un type interpellé par trois keufs, une matraque qui se retrouve malencontreusement à plusieurs centimètres à l’intérieur de l’anus du type en question (Le Parisien). Je me demande si des journalistes ou des sociologues vont théoriser à propos de cette pratique particulière, ce mode de domination policière bien spécifique qui consiste à commettre des viols anaux.

[...] La période de la chasse a réouvert, car les bourgeois se disputent leur trône. On chasse le prolétaire, on chasse le Noir, on chasse les voix des réactionnaires et des collabos en puissance dans ce pays maudit. Comme en 2005, on chasse la "racaille" comme dit l’ancien Ministre de l’Intérieur, on chasse la "racaille" comme dit la mère Le Pen dans sa dernière conférence de presse devant un commissariat. Quand la nuit a commencé à tomber j’étais encore en rendez-vous au bureau, avec un jeune sans un rond à qui Pôle Emploi réclame 700€, sans qu’il sache trop pourquoi. J’ai alors reçu un appel de ma collègue : "C’était pour te prévenir les bus sont encore déviés, je crois qu’ils ne passent pas par Clichy. Par contre il y a... 4... 5... 6... 7... 8... Oui, huit cars de C.R.S stationnés sur le quartier". Je me dis qu’on va avoir besoin de beaucoup d’alliés sur place, pour aider les émeutiers à s’organiser et échanger mutuellement les savoirs et les expériences de vie. Sinon ça va être une putain de boucherie.

Samedi 11 février

Les militants révolutionnaires n’ont pas à éduquer ou coloniser ce mouvement : ils ont des choses à lui apprendre autant qu’à en apprendre, ils ont à partager. Ils ont à lui apprendre les stratégies, les équipements, les protections, les streets medics, les caisses de solidarité, etc. Il faudrait contribuer à faire du 93 une Zone à Défendre, avec tous les savoirs collectifs et échanges d’expériences qui vont avec. Les révolutionnaires doivent aussi apprendre des classes populaires du 93 l’unité et la spontanéité (par opposition aux querelles de chapelles), ils ont à en apprendre une approche différente de la vie et des oppressions, ils ont à en apprendre la rage aveugle des émeutiers qui luttent contre leurs bourreaux et tortionnaires.

Comment prendre contact, comment s’organiser ? Que les équipes qui ont déjà des connexions se manifestent, s’organisent, d’autres les rejoindront ; que les militants de quartiers vraiment révolutionnaires se réinvestissent sur le terrain, prennent la température, contribuent à armer intellectuellement la population contre l’État bourgeois colonisateur et contre les communautarismes négatifs et les idéologies fascistoïdes. Il y a des moments où la révolution il faut y croire vraiment. Se dire que si cette fois-ci ça ne marche pas, ça nous apportera quand même quelque chose : des connexions, de l’expérience, de la confiance mutuelle… ça ne sera qu’une marche de plus vers l’insurrection généralisée.

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Bobigny le samedi 11 février

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