Je n’oublierai pas le 17 octobre 1961

Qu’est qu’il c’est passé le 17 octobre 1961

A cinq mois de la fin de la guerre d’Algérie, le 17 octobre 1961, Paris a été le lieu d’un des plus grands massacres de gens du peuple de l’histoire contemporaine de l’Europe occidentale. Ce jour-là, des dizaines de milliers d’Algériens manifestent pacifiquement contre le couvre-feu qui les vise depuis le 5 octobre et la répression organisée par le préfet de police de la Seine, Maurice Papon. La réponse policière sera terrible. Des dizaines d’Algériens, peut-être entre 150 et 200, sont exécutés. Certains corps sont retrouvés dans la Seine. Pendant plusieurs décennies, la mémoire de ce épisode majeur de la guerre d’Algérie sera occultée.

Tiré du Monde

Mais pourquoi on a oublié ?

Cette vision, selon laquelle la colonisation et l’oppression n’étaient pas si terribles que ça et qu’elles avaient même quelques bienfaits, est partagée et propagée par la quasi totalité de la classe dominante, du PS à au-delà du FN. Il y a des nuances dans le ton, mais globalement on tente de nous faire avaler qu’il faut mettre de côté les rancœurs d’un autre âge.

S’ils appellent à l’apaisement, c’est parce qu’une d’une manière ou d’une autre ils appartiennent tous à une catégorie de bénéficiaires de l’oppression. Ils se partagent les bénéfices de l’exploitation à parts inégales, et se rejettent la culpabilité lorsque l’Histoire leur demande des comptes. François Mitterrand, opposé à l’indépendance de l’Algérie alors qu’il était Ministre de l’Intérieur, a protégé Maurice Papon quand il a été au pouvoir. L’extrême droite impliquée dans l’OAS trouvait les méthodes et la ligne politique de l’État trop modérées. Tout ce beau monde œuvrait pour la grandeur et le génie français.

Frantz Fanon a expliqué que le nazisme avait appliqué la logique coloniale au sein même de l’Europe. Les Européens ont découvert sur leur propre sol et dans leurs propres chairs ce qu’ils ont fait subir aux autres. Cela a marqué un tournant dans l’histoire des luttes, il a été possible de faire comprendre le besoin de convergences des luttes. C’est ce passage historique que l’on tente de nous faire oublier. Il ne s’est rien passé, rentrez chez vous. Pas de génocides, pas de déportations. Il n’y a pas eu de luttes non plus, on nous prie d’oublier pourquoi et comment les dominé.e.s se sont battu.e.s.

C’est pour cela qu’il y a un réel enjeu à transmettre la mémoire des luttes émancipatrices qu’ont menées celles et ceux qui nous ont précédés.

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Et en Algérie ?

Adolfo : En Algérie, la date a bien sûr été commémorée, mais pas avec l’importance qu’il aurait fallu donner à cet événement, pour des raisons liées à l’histoire politique algérienne : pour le pouvoir militaire de Boumédiène, la résistance armée devait rester la seule véritable force de libération et les héros de l’indépendance, ceux qui les armes à la main s’étaient battus sur le sol algérien.

Leïla : En 2013, une exposition de photographies sur la guerre d’Algérie au Mama, le musée d’art moderne d’Alger, a permis de faire connaitre l’importance de l’apport de la résistance extérieure, à travers les films, les reportages, qui ont fait découvrir ou redécouvrir cette solidarité venue de l’étranger.

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